Kenya #4 : Le guide des animaux du Masaï mara

Au cours d’un safari au Masaï mara, vous allez croiser les fameux « Big five », mais aussi une quantité d’animaux bien trop sous-côtés. Enquête.

La première chose à savoir sur le Masaï mara, c’est sa route. Car elle n’existe pas. Il faut imaginer une piste en terre faite de bosses et de cratères comme après le passage des Allemands. « Are you ready for the kenyan massage ? » nous a demandé notre chauffeur, Mike, alors que nous quittions le lac Naïvasha. Pas vraiment, mais nous n’avons pas eu le choix car aucune route digne de ce nom ne permet d’atteindre la réserve. Sur les 6 heures de route prévues, les deux dernières seront les plus mémorables.

Narok est la dernière ville avant la savane. Le dernier lieu où vous pourrez acheter de l’eau et des Pépito. Après elle, la route de l’enfer commence. La piste n’est pas entretenue par l’État, les touristes les plus fortunés n’ont qu’à prendre l’avion s’ils veulent l’éviter. Il y a effectivement un petit aéroport au milieu de la brousse. Mais le Mara authentique se vit sur la terre avec de la poussière dans la bouche en rebondissant sur votre siège.

La route s’effondre par endroit, gonfle par d’autres. Notre chauffeur préfère rouler dans le fossé plutôt que sur le bitume. Bosse, trou, bosse, trou. La banquette craque, la poussière flotte dans les rayons de lumière de l’habitacle. Bosse. On tangue, on se balance. Trou. Parfois, on s’y prend à deux fois pour traverser un guet. Bosse, trou, bosse. Quand Mike dit « oups, sorry ! », c’est que nos têtes vont toucher le plafond. A quelques kilomètres de l’entrée du parc, nous bifurquons à droite sur un sentier qui ondule au milieu des hautes herbes. Une branche posée sur deux pierres nous bloque l’accès. Un jeune berger arrive et prend le billet tendu par Mike. Au total, il y a quatre péages rudimentaires comme celui-ci à payer. C’est comme ça que les Masaï profitent un peu de l’argent du convoi.

Nous traversons ensuite plusieurs villages Masaï. Les femmes ont des bijoux colorés, les hommes, un grand bâton pour garder les troupeaux. Tous portent la Shuka Masai, une étoffe à carreaux rouge en coton. Leur village est un escargot avec en son centre les huttes en torchis, puis s’enroule tout autour, une grande palissade en branches et en paille. A l’extérieur, les troupeaux paissent. La visite des villages Masaï est l’une des attractions les plus mises en avant au sein de la réserve. Mais aussi l’une des plus fausses…

Nous arrivons finalement à notre lodge, couvertes de terre ocre sur notre visage. Nous allons y rester trois nuits, c’est ce qu’il faut pour profiter pleinement de la réserve.

Situé à moins de 250 km de Nairobi dans le sud-ouest du Kenya, les 1510 km² du Masaï Mara ne sont rien par rapport aux 14 763 km2 du Serengeti, son voisin tanzanien. L’ensemble du mara est classé en réserve nationale depuis 1974 avant d’avoir été une réserve de chasse. Toutes les espèces les plus emblématiques de l’Afrique de l’Est s’y trouvent.

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Au cours de mon séjour, j’ai effectué quatre safaris, en alternant entre l’aube et la fin de journée (soit deux safaris en pyjama). C’est à ce moment là que les animaux sont les plus actifs et les couleurs les plus douces.

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Avant de commencer notre premier safari, j’ignorais quels étaient les fameux « big five ». J’étais persuadée que l’hippopotame et la girafe en faisaient partie. Il n’en est rien. Les cinq animaux stars sont en réalité : le lion, l’éléphant, le léopard, le buffle et le rhinocéros. Après m’être longtemps renseignée, j’ai appris que ce classement ne repose pas sur un savant algorithme mais trouve son origine dans la chasse aux trophées. Pour faire partie des « big five », il faut être puissant, rare et joli sur le mur de la cheminée.

Ou plutôt la lionne. Car nous sommes là au sein d’une société matriarcale dans laquelle c’est elle qui chasse et charbonne toute la journée. Le mâle, lui, se contente de dormir 20 heures par jour, de manger toujours en premier, de défendre le groupe et de garder les petits pendant que maman travaille. Le lion est le seul félin à vivre en horde. Tous les autres sont des solitaires nés.

A la fois puissant et agile, il est un tueur né. Le lion mérite amplement sa place dans le top 5 des animaux de la savane.

Note 9/10.

Inutile de dire que l’éléphant mérite d’être dans la Champions league des animaux de la savane. Il est gros et de plus en plus rare en Afrique de l’Est. Ajoutons à ça, qu’il est extrêmement intelligent et bienveillant avec les membres du troupeau notamment les plus jeunes.

Note : 9/10

Au milieu de cette famille, un bébé d’à peine 10 jours.

Le léopard cumule à la fois tous les talents du tueur en série et ceux du chômeur longue durée. Le plus souvent, il attaque depuis son arbre en fondant sur une proie passant en-dessous. C’est comme s’il tirait les lapins à la carabine depuis son canapé. Félin menacé, il est rare et très discret. Petite astuce pour le repérer dans la savane, cherchez une carcasse de gazelle pendant à des branches. Car le léopard mange toujours en hauteur, il ne fait pas le poids par rapport aux lions et aux meutes de hyènes. Muni de mâchoires puissantes, il peut tracter dans les arbres jusqu’à deux fois son poids. Soit deux touristes Chinois.

Note : 9/10

C’est là que commence l’arnaque. Sa place au sein des « big five » est totalement injustifiée. Le buffle, c’est la grosse vache de la savane. Oui, il est gros (jusqu’à une tonne sur la balance) et très méchant (il charge pour un oui ou non), mais il reste présent en abondance dans toute l’Afrique de l’Est. Vous verrez facilement des troupeaux d’une centaine, voire plus, de buffles au sein du Masaï mara. Clairement, il prend la place d’un autre animal dans le classement.

Note : 3/10

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Pour différencier les mâles des femelles, il suffit de regarder la taille du crâne à la base des cornes. Si c’est imposant comme pour le buffle de cette photo, c’est un mâle.

Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’en apercevoir. La population de rhinocéros est décimée chaque jour un peu plus. Les seules fois où il ose se montrer, il est converti en poudre aphrodisiaque pour le marché asiatique. Alors les derniers survivants vivent cachés dans les broussailles.

En Afrique de l’Est, si vous êtes chanceux vous pourrez apercevoir le rhinocéros blanc ou noir. Contrairement à ce que pourrait faire penser leur appellation respective, ce n’est pas leur couleur qui permet de les distinguer. Tous les deux sont gris. Le rhinocéros blanc est la plus grande de toutes les espèces de rhinocéros et pèse entre 2 à 3 tonnes. Il se distingue du rhinocéros noir par ses grandes oreilles pointues et une protubérance caractéristique sur le cou. Son cousin noir a tendance à être bien plus agressif et charge plus facilement. C’est un sale type.

Les deux espèces se retrouvent en revanche sur le fait d’être myopes comme des grosses taupes. A une distance de 20 mètres un rhinocéros peut à peine reconnaître une forme.

Note : 10/10

Le classement des « big five » a vécu et n’est clairement plus d’actualité. De nombreux et sérieux prétendants pourraient prendre la place du buffle.

En premier lieu, le phacochère. Ne le sous-estimez pas, il est l’un des animaux les plus drôles et les plus sympas de la savane. C’est un petit gros avec une coupe mulet, couvert de grosses verrues sur la tête. Il mérite d’être aimé notamment parce qu’il n’a pas inventé l’eau chaude. Il creuse des galeries dans la terre à l’aide de ses petites défenses mais ne sait pas faire demi-tour. Alors il recule en faisant bip-bip dans son tunnel. Lorsqu’il a peur, il s’enfuit dans une course folle, la queue toujours en l’air avec son pompon au bout. Très vite, il oublie pourquoi il courrait et se remet immédiatement à manger. Il est sûrement mon préféré.

Note : 9/10

J’ignorais son existence avant d’aller au Kenya. Incroyablement mignonne, cette antilope naine est tout bonnement la plus petite antilope d’Afrique, mesurant moins de 40 cm au garrot et pesant entre 3 et 5 kg. Et ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il a une petite tête de biche comme dans un Disney. Le dik-dik tient son nom du petit cri qu’il produit lorsqu’il se sent en danger. Ce qui arrive très souvent puisqu’il est la proie préférée des félins, des hyènes, des léopards, des guépards, des chacals, des chiens sauvages, des aigles, des mangoustes, des chats, des fourmis, du plancton et des bactéries.

Note : 9/10

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Je vous ai déjà beaucoup parlé de lui précédemment. Il est l’animal le plus meurtrier de la savane (environ 300 victimes mortelles par an) et surtout, il est gros (jusqu’à 4 tonnes pour les mâles). Il n’a aucun sens de l’humour et prend tout au premier degré. Extrêmement territorial, l’hippo n’aime personne et se bat comme un forain pour défendre sa mare remplie de ses propres excréments. Car c’est ainsi qu’il marque son territoire. Il aime flotter au milieu de son caca et tuer des gens.

Note : 9/10

Je peux comprendre qu’initialement, elle n’ait pas fait partie de la liste des big five. Il est vrai que c’est plutôt compliqué d’avoir comme trophée, une tête de girafe dans son salon. Ou alors il faut prévoir une ouverture à l’autre côté de la pièce. Certes, mais d’un point de vue touristique, elle reste l’un des animaux les plus impressionnants à voir. La girafe masaï est la plus nombreuse des neuf sous-espèces de girafes et aussi la plus grande (jusqu’à 5, 80 mètre). Autre particularité, son pelage est en forme de feuillage.

La girafe a plusieurs points forts outre sa taille. Elle est d’abord extrêmement gracieuse et élégante, avec de grands yeux ornés de cils tout aussi immenses. Plutôt douce et bienveillante avec un grand cœur (littéralement 12 kg), elle se laisse approcher suffisamment pour être admirée. En revanche, gardez en tête que d’un coup de pied, la girafe peut fracturer le crâne d’un lion ou lui briser l’échine.

Côté point faible, la girafe est rigolote mais plutôt mal foutue. Par exemple, elle ne peut pas s’allonger sinon la pression sanguine dans son cerveau serait trop faible et elle mourrait. Et pour boire, c’est la croix et la bannière. Elle doit écarter les pattes avant et mettre les fesses en l’air. Une grande paille lui serait quand-même très utile à mon sens.

Note : 8/10

Il détient le record de l’animal le plus rapide de la savane, pouvant atteindre les 100 km/h en trois secondes. En revanche, il ne peut pas courir plus de 400 mètres à cette vitesse. Le guépard ne fait toutefois pas le poids face à son cousin le lion.

Note 7/10

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Chaque année lorsque la sécheresse s’installe, les gnous, les zèbres et gazelles entament leur grande migration entre la Tanzanie et le Kenya. Entre juillet et août, vous pourrez observer des troupeaux de milliers d’animaux traversant la célèbre rivière Mara. Cette caravane de migrants s’étire sur plusieurs dizaines de kilomètres. Évidemment, le passage le plus critique de ce périple reste celui de la rivière où les crocodiles sont postés là, la gueule grande ouverte. J’en viens donc à nos amis les gnous qui ont la réputation d’être particulièrement stupides. Et moi, j’adore les animaux en peu bêtes. Il faut savoir que la devise du gnou c’est « On a toujours fait comme ça« , donc à chaque migration, ils passent exactement au même endroit pour traverser la rivière. Chaque année le gué est de plus en plus raviné et difficile d’accès. Et chaque année, les crocodiles attendent bien tranquillement avec leur chaise longue et leur glacière, le passage de la caravane du tour. Dans cette précipitation, des milliers de gnous meurent piétinés, noyés ou croqués.

Note : 5/10

Je suis restée 3 nuits au sein du Mara sopa lodge, à l’entrée de la réserve. Niché en haut d’une colline, la vue sur la jungle et la savane est inoubliable depuis la piscine. A la nuit tombée, les zèbres viennent brouter devant votre chambre.

Le personnel est adorable, la nourriture hyper bonne. Je ne comprends pas pourquoi je suis revenue en France.