4 jours dans les Alpes bavaroises et autrichiennes

Quatre jours pour découvrir le sud de l’Allemagne et un bout de l’Autriche, c’est suffisant pour crever un pneu sur l’autoroute, randonner sous la pluie, cracher ses poumons dans les sommets et manger des saucisses.

Je suis ainsi partie seule pour randonner dans cette région qui m’était inconnue jusque-là. Le meilleur point d’entrée du sud de la Bavière est sûrement Munich. A partir de là, vous arrivez en moins de 2h15 de route dans le Berchtesgaden. Du moins si le Tout Puissant n’a pas mis d’obstacle sur votre route, comme ce fut le cas pour moi. Voici donc mon itinéraire, largement possible en quatre jours sans trop courir :

 

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Mon arrivée chaotique en Allemagne

Ce matin-là, j’atterris de bonne heure à Munich. Dès ma sortie de l’avion, je pars récupérer ma voiture auprès de l’agence de location. Tout se passe comme prévu, je suis même chanceuse puisqu’on m’attribue un 4×4 pour le prix d’une petite citadine. Je prends donc la direction des Alpes bavaroises, en mettant Cascada à fond pour faire plaisir à ma voiture. Mais soudain, les ennuis commencent.

Après seulement quelques kilomètres de route, je m’aperçois que je n’ai rien mangé depuis près d’une heure. La panique me gagne, je décide de faire une pause sur une aire d’autoroute. Après avoir fait des provisions pour trois mois, je regagne tranquillement mon véhicule. Mais au moment où je commence à reculer, une dame apparaît dans mon rétro et me fait des grands signes. Horreur. Je me dis que j’ai écrasé un enfant, ou pire, un chien. Je descends prestement et rejoins l’Allemande qui s’agite dans tous les sens. Je ne vois pas de Berger Allemand sous mes roues. Alors je la fixe, perplexe. Elle me montre du doigt ma roue : le pneu est crevé !  J’aimerais hurler des insultes en allemand, mais j’ai fait espagnol en LV2. « Puta de madre ! » hurle-je à mon pneu.

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Le mari de l’allemande débarque. Il a la tête de quelqu’un qui s’y connaît en pneu crevé sur une air d’autoroute. Il se penche dessus et en extrait quelque chose. C’est un clou. Sans tarder, il ouvre mon coffre pour saisir la roue de secours. Mais évidemment l’emplacement prévu à cet effet est vide. Le désespoir me gagne. Je vais finir ma vie ici, derrière la caisse du restaurant grill, avec un badge Gretel sur la poitrine.

Je n’ai plus d’autre choix que d’appeler le numéro d’urgence inscrit sur mon contrat. Alors je tente de joindre les teutons qui m’ont refourgué une voiture avec des pneus en mousse. Je tombe sur un serveur vocal en Allemand qui me demande de taper 1 puis de taper 2 si je suis contente d’avoir tapé 1, et de taper 3 si je préfère le 3 au 2. Je ne comprends strictement rien, je me contente de hurler en boucle « hijo de puta ! ». Je décide finalement d’aller chercher de l’aide auprès du personnel du restaurant. Une petite dame finit par accepter de communiquer avec sa compatriote boîte vocale et me règle l’affaire en 2 minutes. « Quelqu’un va vous appeler. Mais c’est férié aujourd’hui, alors ça risque d’être long », m’explique-t-elle avant d’aller resservir des bretzels au fromage.

Je me mets en boule sur mon siège, comme un chien oublié dans la voiture. Au bout d’une heure, Helmut m’appelle et me dit qu’il vient me chercher. Je suis rassurée et j’ai hâte de commencer ma nouvelle vie avec lui. Je lui donnerai deux enfants vigoureux et une maison bien tenue, s’il me tire d’ici.

Helmut débarque 20 minutes plus tard avec sa dépanneuse. Il ne parle pas anglais. On communique en agitant les bras, en grognant et en se reniflant les fesses. Du bout du menton, il m’invite à charger la voiture blessée sur la dépanneuse. On se retrouve quelques instants plus tard dans un garage au milieu des champs. J’ai peur de devoir payer très cher mon nouveau pneu alors je lui propose de boucher le trou avec de la chair à saucisse et de la terre. Il refuse et part au bloc sauver ce qui peut encore l’être. Je fais les cents pas dans la salle d’attente, de plus en plus fébrile. Helmut revient avec une bonne nouvelle. Pas besoin de changer la roue, il a juste  dû colmater la plaie. Je repars alors en réglant derrière moi une note de 25 euros de réparation et 30 euros supplémentaires car c’est un jour férié. Puta madre.

A la nuit tombée, j’arrive au bord du lac Konigsee, dans la belle région de Berchtesgaden.

 

L’ascension du Mont Jenner

Je me réveille le lendemain dans un joli chalet en bois, avec la ferme intention de gravir le Mont Jenner, qui culmine gentillement à 1 874 m d’altitude. Je ne veux pas commencer trop fort.

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Pour vous y rendre, vous devez rejoindre le télécabine à Berchtesgaden, nommé Jennerbahn. Le prix du voyage est assez élevé : 18 euros aller et retour. Et attention, en l’automne et en hiver, il ferme à 16h, ne vous faites pas piéger.

Arrivée en haut de la station, c’est là que l’aventure commence. Pour rejoindre le sommet, il faut presque 2h45 de marche et 1h30 pour revenir, en suivant le chemin n°3.

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Globalement, les deux tiers du chemin aller sont très agréables. Mais lorsque vous arrivez dans la dernière droite, la pente est rude. Durant le dernier kilomètre menant jusqu’au sommet, je sens ma sueur couler le long de mon dos. J’ai envie de faire demi-tour et poster sur Instagram des photos trouvées sur Google images. Pendant ce temps-là, je m’enfilerai des patates et des saucisses à la taverne du coin. Mais je m’interdis de lâcher. Pour moi, pour l’équipe. Car ce match, on va le gagner, on est venu pour prendre les trois points. Alors je m’accroche et gravis les dernières marches à quatre pattes jusqu’au sommet du Mont Jenner.

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Un peu déçue de ne pas croiser Kyllie et Kendal au sommet, mais la vue vaut le coup. Et ce malgré l’épais brouillard qui a pris place au-dessus du lac.

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Après avoir planté le drapeau français au sommet, je me rends compte qu’il ne me reste qu’une heure pour revenir à la station et prendre le dernier téléphérique. Autant vous dire que je suis redescendue en courant et en roulades avant, juste à temps pour me jeter dans la dernière cabine.

Le lendemain, j’ai une autre mission : rejoindre une chapelle de glace au bord du lac Konigsee dont on m’a parlée.