USA #1 : Traverser les parcs de l’Utah en camping-car comme Paris Hilton

Si Paris Hilton a réussi à survivre dans un camping-car pendant 5 saisons de « Simple life », je pouvais bien traverser l’Utah et le Nevada avec. Entre mormons, averses, tempête de neige, scarlatine et remake de la Colline a des yeux,  voici le premier volet de mon récit.

Jour 1 et 2 : Arrivée à Salt Lake City

Il n’y aucune raison valable d’aller à Salt Lake City, sauf pour en faire votre point de départ pour rouler vers les parcs de l’Utah. C’est ainsi que j’ai conçu  mon trajet de 15 jours de route à travers l’ouest des États-Unis, sillonnant les parcs de l’Utah et du Nevada, traversant Las Vegas, Los Angeles, San Diego puis re-Las Vegas et re-Los Angeles. Si vous cherchez la logique dans tout ça, sachez qu’il n’y en a aucune. C’est aberrant mais nous y reviendrons plus tard, j’ai quelques arguments pour ma défense. Commençons d’abord par égratigner Salt Lake City gratuitement.

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Par un beau jour de mois de mai, j’ai atterri dans cette ville chargée ni d’histoire, ni de culture. Ayant une journée à tuer sur place, je me suis contentée de faire un rapide tour à pied dans le centre. En seulement quelques instants, j’ai été répertoriée dans la base démographique mondiale des mormons. Ils m’ont mesurée, pesée, ont contrôlé mes dents, mes urines et ont fait de moi la quatrième épouse d’un chauffeur de bus scolaire.

SLC

Prise en main et dressage du camping-car sauvage

Le lendemain, j’avais pour mission d’aller récupérer le véhicule et mon amie Sabrina à l’aéroport. Nous avions décidé de louer un petit modèle de camping-car pour la première moitié du séjour. Rien de superflu, juste une couchette et une petite douche. Mais chaque jour, l’agence nous annonçait un modèle de taille supérieure, faute de disponibilité. Si bien qu’on s’est retrouvé, pour le même prix, avec un engin de 11 mètres de long. C’est la taille d’une baleine ou de 11 ours à la suite. Autant vous dire que je n’étais pas sereine à l’idée de devoir manœuvrer l’engin.

Ce jour-là, je suis donc allée récupérer la bête chez Cruise America. A mon arrivée, je découvre des camping-cars, (dits RV) d’une longueur démesurée. La cabine est dans l’Utah, les fesses en Californie. Je m’approche du comptoir de réservation en dissimulant au mieux ma peur. Cindy m’accueille avec un grand sourire et me demande mon permis. Le plus naturellement du monde, je lui tends le document, ou du moins la seule feuille qu’il en reste. Mon permis est passé deux fois à la machine à laver et ressemble à du porridge. Je la sens fébrile. Elle tourne et retourne le papier rose. Je lui assure par deux fois qu’il ne s’agit pas d’un mouchoir usagé. Mon permis est parfaitement en règle et en plus, il est hyper propre. Cependant, elle ne parvient à lire ni mon nom, ni mon numéro de document, ni ma nationalité. Je pourrais devenir qui je veux finalement, choisir une nouvelle identité. Candy, originaire du New Jersey, recalée deux fois à Jersey shore pour absence de MST, en route pour se jeter dans le Grand canyon à cause d’une dette de jeux.

Cindy essaie d’appeler deux fois son supérieur, Steven, que l’on voit derrière la vitre, assis près de la climatisation. Il ignore ses appels de détresse, c’est ma chance. Elle finit par signer mon contrat et m’envoie dans un hangar avec la consigne de m’assoir devant une télévision. Je vais assister à un documentaire obligatoire de 35 minutes sur les camping-cars, en français québécois. Un couple parfait nous explique comment conduire avec le sourire, brancher l’électricité avec le sourire, remplir le propane avec le sourire et vider son tuyau à caca avec le sourire. Je sais tout ce qu’il est possible de savoir sur le monde enchanté des RV.

Cindy m’accompagne sur le parking récupérer ma monture. L’intérieur, avec parquet au sol, est plus grand qu’un appartement parisien. On peut facilement faire du vélo dedans. Je mesure mentalement le salon pour pouvoir installer un jacuzzi et des néons bleu. Le frigo, l’eau chaude et la gazinière fonctionnent en permanence grâce au propane, et l’électricité vient de la batterie ou du secteur, lorsque vous vous branchez. Il y a six couchettes pour deux. Rien n’a l’air très compliqué.

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Si j’ai un conseil incontournable à vous donner, choisissez toujours le camping-car le plus beau. J’entends par là, celui avec des photos de montagnes dessus, et impérativement, un chien sur la porte. Cela n’a aucun intérêt de tenter l’aventure en poids lourd, si vous ne vivez pas la passion à fond.

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En moins de cinq minutes, je me retrouve seule au volant. Je commence par caresser doucement le volant pour le mettre en confiance. Je lui laisse sentir ma main. N’oubliez pas qu’un camping car sent votre peur, restez toujours calme si vous ne voulez pas qu’il fasse de refus. Je me lance dans la circulation en fermant les yeux au milieu des routes à six voies de Salt Lake City. Au bout de quelques kilomètres, je dois bien admettre que l’engin est plutôt simple à manœuvrer. En quelques instants, je me retrouve à l’aéroport, que je traverse en klaxonnant fièrement et récupère mon copilote.

Il faut rouler près de 4 heures pour rejoindre le parc de Bryce Canyon depuis Salt City. Parties de nuit, nous avions réservé un emplacement de camping quelconque à mi-chemin, au bord d’un lac quelconque. On finit par arriver dans le noir. Un homme nous accueille avec une torche dans les yeux. Il nous annonce que nous sommes au mauvais endroit et que notre camping se situe 30 min plus loin. Tant pis, nous n’avons pas la force de reprendre la route. Je me roule par terre dans mon urine et le supplie de nous garder. Il accepte finalement et nous laisse même nous raccorder gratuitement à l’électricité. « Vous n’êtes pas les premières filles paumées que je croise et qui ne comprennent rien aux RV. Laissez moi vous garer » me lance t-il en crachant par terre. Je refuse catégoriquement. Je vais le faire toute seule, même de nuit. Et j’y parviens sans problème. Je recule, arrache trois buissons, roule sur deux chiens et un enfant, mais me gare parfaitement à ma place.

Pourquoi louer un camping car c’est mieux qu’une voiture :

  • Parce que vous pouvez faire de la méthamphétamine dans le désert, ou habiter avec Eminem et sa mère, ou revivre les meilleurs moment de « Simple life » avec Paris Hilton et Nicole Richie.
  • Parce que le rêve d’une vie, c’est de pouvoir toujours se déplacer avec son frigo et ses toilettes.
  • C’est plus économique que louer une voiture et des nuits d’hôtel (notamment dans les parcs nationaux où c’est hors de prix). Pour 5 jours de location, nous avons payé 480€. Et la plupart des campings sont très bien équipés pour les RV. Aucun souci pour se raccorder à l’électricité et l’eau courante comme un gitan.
  • Et ne faites pas comme nous, réservez très en avance si vous voulez un emplacement de RV. Dans les parcs, tout est pris d’assaut des mois en avance. N’hésitez pas à réserver juste à l’entrée du parc, plutôt qu’à l’intérieur. C’est moins cher et la plupart du temps, une navette gratuite vous amène dedans facilement. Pas besoin de débrancher votre tuyau à caca tous les matins.
  • Vous allez faire partie d’une communauté et les familles américaines vous klaxonneront sur la route.
  • La conduite est très simple aux Etats-Unis, les routes étant larges. Vous croiserez toujours plus gros que vous, comme un camping-car de 15 mètres tractant une jeep, tractant elle-même un bateau. Le seul truc compliqué, c’est de reculer. Dans votre rétro intérieur, vous voyez seulement votre frigo. C’est réconfortant, certes, mais inutile. Demander à votre copilote (j’espère que le vôtre connaît sa gauche de sa droite) de vous guider et tout se passera bien.
  • Lorsque vous avez fini votre road-trip avec votre fougueux engin, n’oubliez pas de le rendre à mère nature en le relâchant dans son milieu naturel.

Jour  3 et 4 : Camping au sein de Bryce canyon

Nous poursuivons notre route au petit matin (vers midi donc), en direction du parc de Bryce canyon. Nous traversons des paysages désertiques, de plus en plus rouges et ocres. Aucune ville digne de ce nom ne se trouvera sur notre chemin. Chaque village est composé de quelques maisons cabossées, d’abris en taule et de caravanes.

Nous rejoignons notre camping, situé juste à l’entrée du parc, pour les deux nuits suivantes. En théorie, je sais brancher l’électricité, l’eau courante et les eaux usées du RV. En pratique, je sais m’asseoir dans la boue et lancer des pierres sur le carénage jusqu’à ce que cela se fasse tout seul.  Une canadienne, qui assiste horrifiée à la scène, s’empresse de venir nous aider à raccorder l’ensemble des fils et tuyaux. Mais au moment de brancher le tuyau des eaux usées (dites eaux noires et grises), elle s’est pris 5 litres d’urine sur les mains sans sourcilier. Il faut dire que j’avais mal fermé la valve avec le sourire comme dans la vidéo. Dieu merci, ce n’était pas notre voisin, beau brun mal rasé qui était venu nous aider à tirer la chasse. La canadienne, elle, est repartie avec le sentiment du devoir accompli et une douce odeur de pipi sur les mains.

Visite du parc de Bryce canyon

Le lendemain, au réveil, le thermomètre est étrangement bas pour la saison. Nous avons eu froid toute la nuit mais n’avons pas osé mettre le chauffage par peur du risque de monoxyde de carbone. On se réchauffe avec du porridge et des pancakes au Nutella.

Nous prenons la navette gratuite qui nous amène à l’intérieur du parc et vous dépose à tous les points de vue et départs de randonnée durant toute la journée. Nous avons choisi de suivre la Navajo Loop Trail qui en moins de deux heures vous amène à travers la forêt de “Hoodoos” (les aiguilles rocheuses) qui a été créée par l’érosion au fil du temps.

Je vous recommande chaudement de réaliser cette randonnée de la même manière que les pionniers avant vous, en vous promenant avec la scarlatine.

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La nuit venue, la température descend en dessous de 0 degré. Impossible de dormir malgré l’empilement des couvertures et des peaux de bêtes chassées durant la journée. J’envisage de mettre le feu au camping-car pour me réchauffer. Au petit matin, c’est sans surprise que l’on découvre que la neige commence à tomber. Un beau mois de mai dans l’Utah.

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La panique nous gagne. Impossible de rester plus longtemps sur cette terre hostile. Dans nos valises, nous n’avons amené que des shorts et des hauts trop courts. Face aux flocons qui tombent de plus en plus nombreux et gras, nous décidons de fuir l’Utah. On attèle nos bœufs, chevaux, ânes et enfants et prenons la route de la Californie pour vendre des oranges.