Fuir les gens aux Iles Féroé : récit de voyage #1

Vous vous êtes jamais dit « j’en ai marre de tout, je veux partir sur une île perdue et ne voir personne » ? Je l’ai fait.

Jour 1 : Arrivée et visite du lac de Sørvágsvatn

Vous voyez dans le film Forest Gump quand il se met à courir tout droit sans s’arrêter, sans but, ni objectif ? Et bien dans ma vie, j’en suis là. C’est pour cette raison que j’ai pris seule, la direction des Iles Féroé.

Ma journée a commencé ce matin-là par un réveil à 4 heures pour rejoindre l’aéroport Charles de Gaulle. Après une escale à Copenhague, j’atterris au milieu des champs et des moutons au milieu de l’île de Vagar, sur un aéroport qui ressemble à un mini-golf. Je récupère rapidement ma voiture et une fois au volant, je me demande : « putain, mais qu’est ce que je fous là ?! ». Il fait froid, humide, je ne connais personne et je suis toute seule. Ça ressemble quand même un peu à ma définition du bonheur.

Je reprends espoir et roule en direction du lac de Sørvágsvat situé à moins de 10 min de là pour effectuer une courte randonnée. Le chemin commence juste devant le lac et vous amène en moins d’une heure vers l’un des grands temps forts de l’île. En haut des falaises, vous avez face à vous, un condensé des merveilles des Iles Féroé : un grand lac qui se jette dans la mer par une magnifique cascade, une vue imprenable sur la roche au dessus de la mer, du vent dans les cheveux, des moutons apeurés, vos mains gelées et la goutte au nez.

 

Et à cet endroit précis, je réalise que je suis sûrement la seule touriste de l’île. Autour de moi, une dizaine de photographes professionnels (tous de gros instagramers), sont venus ici, payés par des compagnies aériennes, des marques de montres ou de voitures. Très avenants, ils nombreux à venir me saluer. Je ne m’attarde pas, je ne suis pas là pour faire des rencontres enrichissantes.

Soudain, j’aperçois un Norvégien, beau, seul, froid, énigmatique. Je l’approche peu à peu, je le renifle, il grogne, je couine, il couche les oreilles. Nous échangeons quelques mots et instinctivement, nous nous suivons tous les deux. C’est la première fois que lors d’un de mes voyages, je rencontre quelqu’un de plus froid et plus antipathique que moi. C’est le coup de foudre.

Je lui demande si je peux l’accompagner vers la cascade où  le soir-même, il souhaite photographier le coucher du soleil avec son drone . Il refuse, « I don’t need a fucking tourist ». C’est trop tard, je ne le lâcherai plus.

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Où dormir ?

J’ai dormi seulement une nuit dans cette très belle maison pour moi toute seule, réservée via Airbnb sur l’île de Vagar. Une maison qui vous donne envie de vivre là, face à la mer et d’écrire des best sellers.

 

Jour 2 : Voyage au bout de l’enfer et de l’arche de Drangarnir

Ce matin là, je me réveille à bloc. J’ai rendez-vous avec mon Norvégien pour une « courte » randonnée menant jusqu’au célèbre arche de Drangarnir. On se retrouve sur le port coloré du village de Sørvágur. Pour l’occasion, j’ai les cheveux propres et je me suis même lavée les dents. Il me certifie que le trajet n’excèdera pas 3 heures de marche. Mais la vérité, c’est que nous avons mis 3h rien qu’à l’aller. Car nous n’avons jamais trouvé le chemin ! Pas une route, pas un sentier, absolument rien. Nous avons grimpé pour redescendre, fait pour défaire, espérer pour désespérer. Derrière chaque colline, il y en avait une plus haute, derrière chaque descente, il avait un nouveau mur. En l’absence de sentier, on traverse des champs de pierres, de boue, de mousse, de sables-mouvants. Je suis rouge, les cheveux collés à la sueur de mon front, je sens le chien mouillé. J’essaie de ne pas trop me plaindre et de suivre son pas. Il voit ma peine et me promet qu’il y a un Burger King au sommet de la dernière montagne. L’espoir renaît.

Quand on arrive au bout de notre périple, hors d’haleine, un couple d’italiens nous explique qu’un chemin existe bien au bord de la plage et que 1h30 de marche suffisent pour faire le trajet. Un vrai chemin existait donc bien… A cet instant, on s’allonge dans l’herbe mouillée, abattus, stupides. Je prends finalement le temps de regarder ce gros caillou qui se dresse devant nous. Il est immense, brut, violent. Nous restons là assis au bord de la falaise, seuls, au milieu de la nuée d’oiseaux marins qui veulent mes Oréo. C’est le ronronnement de la voix de mon Norvégien qui me tire de mon extase : « Faut que tu bouges, t’es dans le champ du drone ».

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Et bam devant vous, un monstre de pierre

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Vous croiserez partout ces grands filets pour l’élevage des saumons

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L’arche, l’homme et quelque part dans les airs, le drone.

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Le retour se fait effectivement sans encombre et en très peu de temps. Alors pour tous ceux qui souhaiteraient atteindre également cet arche, sachez que le (minuscule) sentier commence derrière le port de Sørvágur. Vous devez passer au dessus du mur de pierres sur votre gauche, franchir une clôture et suivre le rivage jusqu’au bout.

Où dormir ?

Je suis restée dans ce très joli appartement trouvé sur Airbnb durant deux nuits, situé tout proche de Tórshavn, la capitale. Le soir où je suis arrivée, après le trek de l’enfer, mon hôte m’a accueillie chaleureusement par un « Bonjour et bienvenue. Voulez-vous que je lave vos vêtements ? ». Je me suis sentie comme un chien qui s’était roulé dans le lisier.

 

Jour 3 : Les sommets de Funningur, le village de Saksun et la capitale Tórshavn

Ce matin là, j’ai rendez-vous sur le parking du Burger King de Tórshavn. On part en voiture avec mon Norvégien, sillonner le pays avec la ferme intention de grimper les plus hautes montagnes de l’archipel. Il est encore plus froid et renfermé que la veille, je mouline pour créer du lien. J’ignore de quoi lui parler. De ma dépression ? des 100 premiers jours d’Emmanuel Macron ? du caillou dans ma chaussure droite ? de mon aphte ? de cette fille qui en primaire mangeait sa colle ?

On s’accorde enfin sur la haine d’autrui, en particulier la détestation du touriste. Au cours de la journée, nous croisons à plusieurs reprises une couple d’auto-stoppeurs que l’on refuse à chaque fois de prendre. Cela devient notre jeu préféré, bien qu’on espère fortement ne pas les croiser dans le seul supermarché de l’île.

Lorsque que nous arrivons au village de Funningur, nous suivons une petite route qui monte en serpentant la montagne. Une courte randonnée nous amène au bord du vide. Nous faisons sûrement face à la plus belle vue des Iles Féroé.

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Saksun, le village le plus « touristique » des Iles Féroé

Dans les parages, vous pouvez aussi vous aventurer vers des contrées encore plus isolées, jusqu’au petit village de Saksun. L’herbe et la mousse poussent sur tous les toits et sur vous-même si vous restez immobiles.

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Le village est situé au fond d’une vallée où un petit lac débouche sur la mer. Il y a évidement des falaises, des montagnes, des moutons et des cascades, ce n’est pas le plus joli village pour rien. Vous trouverez également sur place, une petite maison où manger des gaufres.

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Ce soir-là, je retrouve la petite bande de photographes pour manger mon propre poids en frites dans le centre de la capitale. D’un commun accord, ils décident de tous se retrouver le lendemain matin à 4h pour rejoindre une île avant le lever du soleil. Personne ne semble choqué par l’horaire, je suis horrifiée. Je préfère décliner poliment en rappelant que mon hépatite et mon asthme seront un frein pour leur ascension.

Mais si j’avais su ce qui m’attendait ensuite, j’aurais accepté l’offre bien que matinale….