Oman #2 : Survivre dans le désert de Wahiba sans eau et sans wifi

Si François Bayrou a réussi à traverser le désert toutes ces années seul et sans assistance, nous pouvions bien y survivre le temps d’une nuit.

En fin de journée, nous avons rendez-vous dans une station service. A l’heure convenue, un 4×4 violet rutilant s’arrête devant nous, nous couvrant de poussière. Cette terra cotta gratuite est la bienvenue. Un omanais ténébreux descend doucement sa vitre et nous invite à le suivre. C’est Mahmoud.

Il s’élance à près de 100 km/h sur la route qui traverse la ville. Il faut savoir qu’à Oman, rien n’est plus normal que de traverser à pied, faire du stop, pique-niquer ou flâner pieds nus sur l’autoroute. Alors autant vous dire que toutes mes prières sont destinées à ne pas écraser plus de trois ou quatre ouvriers pakistanais le long de la route. Heureusement, je slalome habillement sans éradiquer tout le Pakistan, le Cachemire et l’Inde. Mais ce n’est que partie remise.

Notre guide s’engage finalement sur un sentier en terre qui devient peu à peu une piste de sable. Autour de nous, la ville a disparu, remplacée par des monticules orange et ocre de plus en plus hauts. Il s’arrête soudainement et m’informe que je vais devoir passer la première pour franchir l’immense dune qui se dresse devant nous. J’ai envie de lui que voici une performance que seul un étalon fougueux comme lui peut réaliser. Mais malgré la peur qui m’habite, je m’élance en hurlant ALLAH AKBAAAAAR et parviens à terrasser cette montagne de poussière.

De l’autre côté, nous apercevons notre campement. C’est la première fois que je vois le désert. La première fois que je n’entends plus rien, ne sent plus rien.

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Grâce à un putsch, je prends rapidement le commandement du groupe de bédouins qui nous accueille. Je règne à présent sur un  régiment de six hommes, trois dromadaires et deux fennecs bénévoles. J’impose à notre République bananière une discipline très stricte : l’utilisation d’un alphabet de 12 lettres, l’instauration de 8 repas par jour et l’obligation de se déplacer uniquement en roulades arrière. La vie de camp s’organise ainsi.

Nous disposons d’une tente sommaire mais suffisamment confortable pour avoir froid la nuit et suer la journée. Avant de me coucher, je prends soin d’uriner tout autour celle-ci pour prévenir les lynx et léopards de ma présence. Cette méthode est très efficace pour les faire fuir ou leur donner envie de vous féconder.

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Le lendemain, nous nous levons dès 5 heures pour voir les premiers rayons naître sur les dunes. Le sol est jonché d’empreintes de rongeurs, de fennecs, de reptiles et de François Bayrou. Nous nous postons au sommet pour regarder le soleil se lever malgré le sable dans nos yeux et nos narines. Le désert est définitivement le terrain de jeu idéal pour les asthmatiques.

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Nous reprenons finalement la route en direction des montagnes, en laissant derrière nous le souvenir de Mahmoud comme une tendre caresse sur ma joue. Nous roulons longtemps au milieu des paysages désertiques, plusieurs Pakistanais coincés dans mon part-choc.

Le pire hôtel d’Oman dit « l’hôtel du renâcle »

Ce soir-là, nous réservons une chambre non loin de la ville Nizwa en nous remettant totalement au destin. Nous savions que ce ne serait pas terrible mais nous ignorions à quel point. Visiblement Dieu a voulu nous punir pour la Seconde Guerre mondiale, le 11 septembre et la disparition du Dodo.

Nous parvenons devant une grille rouillée qui précède un long jardin jonché de sacs de ciment. Le propriétaire attend visiblement de nous que nous finissions nous-même les fondations de l’hôtel et creusions la fausse sceptique avec les mains. Nous découvrons notre bungalow en bois au fond de la parcelle. Natascha Kampusch en sort et nous laisse la place. Nous pénétrons timidement à l’intérieur. L’humidité qui coule des murs nous répugne, tout comme l’odeur qui s’échappe de la salle de bain. La chambre est sinistre avec une seule et mince ouverture grillagée vers l’extérieur. Nous progressons doucement en coupant les hautes herbes à la machette. Je tue deux singes à la sarbacane avant d’atteindre nos lits. Nous léchons le plomb et l’amiante des murs pour nous restaurer et finissions par nous endormir en comptant les moustiques.

Le lendemain, un homme nous apporte deux sacs plastiques remplis de denrées. Là encore, l’odeur nous tourmente. Ça sent le chou-fleur. Tout est fourré à la margarine, tartiné au saindoux et frit dans l’huile. Je n’ai jamais eu peur du cholestérol mais du chou-fleur, si.

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